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Barthes face à la Norme : droit, pouvoir, autorité, langages

Colloque

Barthes face à la Norme : droit, pouvoir, autorité, langages

jeudi 13 octobre 2016 / vendredi 14 octobre 2016

Présentation du colloque

Barthes n’a pas écrit sur le droit : ce silence apparent sur la chose « Droit », chose prosaïque autant qu’abstraite, justifie suffisamment qu’aucune réflexion n’ait été, à notre connaissance, consacrée à l’auteur par les théoriciens du droit en France et à l’étranger. Pour ne dire mot sur le droit, les écrits de Barthes sont pourtant affectés par lui. De ce vocable, il convient de distinguer deux acceptions. La première, c’est que, sous des espèces variables et variablement discrètes, le droit se dissémine sur nombre de sujets où la pensée barthésienne s’est déployée. Dans cette perspective, un texte affecté par le droit serait un texte qui traiterait d’autre chose que le droit en laissant voir son empreinte. La seconde est à entendre dans le registre de l’épreuve: le droit affecte le sujet Barthes et dans cette affection se manifeste son jugement sur le Droit. C’est l’ensemble de ce sous-texte diffus que le colloque souhaite interroger dans un esprit pluridisciplinaire, associant la littérature, le droit, la science politique et l’analyse du discours.

Le droit se profile en premier lieu lorsque Barthes entreprend de taper inlassablement sur le « bloc » que représente pour lui la doxa. Bien que n’appartenant pas, à proprement parler, au vocabulaire juridique, la doxa qu’il s’agit de démolir, rassemble les normes destinées à adapter l’individu à la société qui les secrète, comme le montre le recueil Mythologies (Seuil, 1957). Il s’agit bien de la manifestation de la force normative des imaginaires sociaux qui tend à naturaliser les visions culturelles du monde. « Droit informel », la doxa des mythologies rejoint le droit dans une même entreprise de normalisation du normal.

Le droit fait une entrée plus magistrale quand survient la « Mort de l’auteur » (Mantéia, 1968). Nul ne contestera en effet que le concept d’auteur est au cœur de bien des démêlés juridiques. En 1968, l’article de Roland Barthes, réactualisant la distinction saussurienne établie entre la langue et la parole, récuse en l’auteur l’invention d’une langue personnelle car « c’est le langage qui parle, ce n’est pas l’auteur ». Ipso facto, ce dernier ne saurait être l’origine singulière de l’œuvre. La conclusion est particulièrement sensible dans le champ photographique étendu des Mythologies à La chambre claire puisque la photo ne fait que rendre visible un réel qui lui préexiste. Or, le Droit se définit volontiers comme une photographie du réel, voire la science fondamentale du réel, et l’anonymat en constitue l’efficacité. Il n’y a pas vraiment d’auteur de la Loi alors même que l’auteur et l’autorité sont partout. La puissance normative des textes de droit serait alors liée à la dimension collective d’une œuvre anonyme (Le Législateur, La Jurisprudence, La Doctrine). Éminemment intertextuel, le texte de droit illustre d’autant mieux la théorie barthésienne et ses corrélats structuralistes qu’il s’analyse comme un complexus citationnel où se joue l’interprétation juridique.

Le droit se profile à bien d’autres endroits du parcours barthésien, à l’abri de passions et d’obsessions incidentes. Ainsi, « le fascisme de la langue », parfois perçu comme une allégeance de circonstance aux courants intellectuels dominants, fut-il éprouvé bien avant la Leçon au Collège de France, intimement autant qu’intellectuellement lorsque Barthes, allocataire de recherche en lexicologie au CNRS, découvre le « pouvoir d’intimidation du mot ». C’est là un point de rencontre d’importance avec les réflexions des juristes pénalistes sur la présomption d’innocence et la dimension historique de l’aveu dans le droit fil des analyses foucaldiennes du Pouvoir. Plus largement, les rapports entre langage et pouvoir permettent d’établir une connexion évidente au droit puisque celui-ci est le langage du pouvoir par excellence, et même, à suivre les pragmatiques, un « langage-pouvoir ». L’affaire Dominici est à cet égard une mythologie barthésienne exemplaire de la façon dont le pouvoir s’immisce dans la langue.

Au fascisme linguistique comme au genre, Roland Barthes indique dès L’Empire des signes et les Fragments d’un discours amoureux, une possible « échappée belle » en l’assomption du Neutre, une notion dont il fait son cours au Collège de France. Il ne s’agit pas d’un troisième terme qui viendrait s’ajouter au paradigme masculin/féminin comme une alternative mais d’une Aufhebung susceptible de neutraliser le genre, donc de renouveler la perception et la définition de l’identité, au fondement même du droit.

L’entrée « contrat » dans l’index du corpus barthésien sur le site roland-barthes.org se révèle foisonnante et atteste fort paradoxalement un véritable désir de droit chez Barthes. Barthes espère en effet du contrat qu’il règle les modalités du Vivre ensemble avant même d’en dénoncer les difficultés paradigmatiques dans le cours sur le Neutre qui fait suite. Ce désir n’est pas si nouveau qu’il semble : Roland Barthes en a évoqué une première fois les linéaments dans S/Z avant d’en préciser les bénéfices dans Roland Barthes par lui-même : « […] le modèle du bon contrat, c’est le contrat de prostitution. Car ce contrat, déclaré immoral par toutes les sociétés et tous les régimes (sauf très archaïques) libère en fait de ce qu’on pourrait appeler les embarras imaginaires de l’échange : à quoi m’en tenir sur le désir de l’autre, sur « ce que je suis pour lui ». Le modèle vaut alors par la solution qu’il propose pour soustraire le sujet et ses affects au nécessaire commerce de l’autre. Il peut donc s’appliquer à tout type d’échanges sociaux ou non : l’enseignant et l’enseigné, l’auteur et le lecteur, l’auteur et son image, et cætera. C’est dans le cours au Collège de France intitulé Comment vivre ensemble que le contrat se déploie le plus fantasmatiquement lors de l’étude consacrée à « l’idiorrythmie », c’est-à-dire aux espaces qui règlent la bonne distance entre l’individu et la communauté garantissant ainsi indépendance et sociabilité.

Il y a bien une matière du Droit dans l’œuvre de Barthes

Comité scientifique : Claude Coste, Professeur des Universités, littérature française, Université Stendhal, Grenoble 3
Vincent Forray , Professeur des Universités, droit privé, Université Mc Gill, Montréal
Jacqueline Guittard , Maître de conférences, littérature française, Université Picardie Jules Verne, Amiens
Éric Marty , Professeur des Universités, littérature française, Université Denis Diderot, Paris 7
Emeric Nicolas , Maître de conférences, droit privé, Université Picardie Jules Verne, Amiens
Sébastien Pimont , Professeur des Universités, Sciences Po, Paris
Cyril Sintez , Maître de conférences, droit privé, Université d’Orléans

 

Programme

Jeudi 13 octobre

 

9h00 : Accueil des participants

9h30 : Ouverture du colloque par le Président de l’UPJV.

9h45 : Présentation par Mikhaïl Xifaras, Professeur de droit, SciencesPo, Paris, équipe de l'école de droit de Sciences Po (EA 4461)

 

Histoire(s) de la Norme

 

10h00 : Barthes et le droit antique
Claude Coste , Professeur de littérature, ITEM-CNRS/ centre Agora, Université de Cergy-Pontoise

10h30 : Les significations mythiques du droit
Licia Bosco Damous , Doctorante, PUC-Rio, IRJS/Panthéon Sorbonne, Paris

11h00 : Pause

11h30 : Roland Barthes et Susan Sontag : une conversation sur l’interprétation juridique
Mark Antaki, Professeur de droit, Université Mac Gill, Montréal

12h00 : Le sujet et la norme : passage du structuralisme au constructivisme chez Barthes
Cyril Sintez, MCF en droit privé, CRJ Pothier/Université d’Orléans

12h30 : Déjeuner

13h45 : Reprise des travaux

 

Discours et langage(s) de la Norme

 

14h00 : Pouvoir des mots, autorités des formules
Francesca Mambelli , Doctorante en Arts et Lettres, CRAL/EHESS, Paris

14h30 : Le flux bruissant de la Norme
Emeric Nicolas , MCF en droit privé, CEPRISCA/UPJV

15h00 : La neutralité comme vertu dans les discours juridiques
Christophe Willmann , Professeur de droit, CUREJ/Université de Rouen

15h30 : Pause café

16h00 : Les procès des Mythologies et la Justice pénale
Marie-Laure Derivery , Présidente de formation au tribunal du contentieux d’Amiens

16h30 : Barthes et le discours : récit, norme et évidence
Thierry Guilbert , MCF HDR en Sciences du langage, CURAPP/UPJV

17h00 : De la « photo-choc » d’Aylan au mythe de Pinocchio. Quand la compassion sous-tend un désir de normalisation
Guiseppina Sapio , Docteure en Arts et médias, IRCAV/Sorbonne nouvelle

 

 

Vendredi 14 octobre

 

Norme et auteurs

 

9h15 : Barthes et la question de la naissance de l’auteur juridique
Vincent Forray Professeur de droit, Université Mac Gill, Montréal
Sébastien Pimont , Professeur de droit, SciencesPo, Paris, équipe de l'école de droit de Sciences Po (EA 4461)

10h00 : Chercher l’auteur : une question juridique et littéraire
Jacqueline Guittard , MCF en histoire et sémiologie du texte et de l’image, CERCLL/UPJV

10h30 : Barthes et le droit d’auteur : le paradoxe d’une tuerie
Tatsiana Challier, Docteure ès Lettres et Arts, Traverses/Grenoble 3 :

11h00 : Pause

11h30 : « Le bleu est à la mode, le camélia fait optimiste » : la mode, le droit ou les codes dans les codes d'après Barthes.
Julie Saada, Professeure de philosophie, SciencesPo, Paris, équipe de l'école de droit de Sciences Po (EA 4461)

12h00 : La nature et la Norme
Hessam Noghrehchi, Doctorant, CERC/ Sorbonne nouvelle :

12h30 : Déjeuner

13 h 45 : Reprise des travaux

 

Figures et objets de la Norme

 

14h00 : Prostituer la loi. La figure du contrat dans l'œuvre de Roland Barthes
Laurent de Sutter, Professeur de théorie du droit, Vrije Universiteit Brussel

14h30 : La norme à l’épreuve du neutre
Hervé Couchot , Professeur de philosophie, Université Sophia, Tokyo

15h00 : Le standard juridique, une normativité au-delà du Droit
Anne-Marie Luciani , Professeur de droit, CEPRISCA/UPJV

15h30 : Pause

16h00 : Aimer et dominer – Barthes et le droit sur l’autre
Despina Jderu , Bucarest

16h30 : La responsabilité du sujet dans le Vivre Ensemble
Pauline Laroche-Vachaud, docteur en littérature, Traverses/Grenoble 3

17h00 : (En cours)
Edouard Louis, Doctorant, CURAPP/UPJV

17h30 : Barthes, le vivre ensemble juridiquement
Conclusion par Emmanuel Jeuland, professeur de droit, Paris 1, IRJS


Logis du Roy. 17 Passage du Logis du Roi,
80000 Amiens
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